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Quelques textes

Dix ans que nous nous sommes rencontrés, la moitié de leur histoire, une histoire entière pour moi. Au premier jour une discussion-découverte, Christophe, Béatrice peut-être, sûrement, dans un lieu un peu sombre, sur un festival dont je ne pouvais connaître rien d'autre que leur passion, dix ans d'une histoire qu'ils m'invitaient à épouser. Roland, colonel qui allait découvrir la Cour Capitaine, accompagnait cette semaine avec l'enthousiasme du Béotien ; je les ai suivis avec passion, avec tellement aujourd'hui de raisons.

Brioux, déferlante d'images et de sons. Les Halles écrasées vers minuit par la canicule et le rire, avec Morel et cette eau qui n'étanchait pas l'envie de poursuivre encore. Le Guillerm hallucinant équilibriste au ras du sol, coupant le souffle en traversant une piste où le risque était partout et nulle part. Des clowns russes qui emballent, sans un mot, en une vague de rire et de blanc le public d'un gymnase. Brioux, fanfares de joie et monologues sous le pinceau du projecteur, chapiteaux et plateaux-repas, course aux ombrages et à la Margarita (marque déposée…). Et encore Morel, seuls à le toucher sous un chapiteau de poche, ou la Strada qui se joue d'une soirée de coupe d'Europe de foot.

Brioux, un peu de peur d'écrire quand le chroniqueur local doit s'improviser critique artistique et jète un œil, vite, sur ce qui s'est dit ailleurs pour conforter son émotion pourtant certaine..

Brioux, l'émotion de Christophe qui fait de son Avignon un village, pour faire de son village un autre Avignon. « J'ai vu des trucs incroyables et je crois qu'on va les faire venir ». En général, c'est comme cela que notre rendez-vous commence.

Brioux, discours inauguraux sur le foirail, parfois (allez souvent) champignaciens, rencontre improvisée entre intermittents et vice-président de Région en bras de chemise. Rencontre avec le spectacle vivant, en chair et en os, en don et en combat. En désir et en plaisir.

Rien que de vous écrire cela, j'ai envie d'une Margarita, à l'ombre si je la gagne là-bas à gauche de la scène, cour Capitaine. Samedi. Avec la promesse de « trucs incroyables » évidemment.

Thierry Petit « Le Courrier de l'Ouest »


Il faudrait inventer un autre mot pour qualifier ce festival. Parce que ce n'est pas un festival comme tant d'autres. Il est fait de partages sans compter, de découvertes joyeuses, de rencontres entre les artistes, les bénévoles ou volontaires tellement magnifiques et bien sûr avec les publics variés à l'infini, c'est délicieux et passionnant. En arrivant, tu t'installes comme un invité qui est attendu et qui est enfin là.

Si tu es invité, c'est qu'un regard sincère et profondément humain s'est posé sur toi, que ton geste artistique a été entendu et compris. Des bras généreux s'ouvrent et tu te laisses aller. Je sais que c'est justement pour ces bras là que mon métier a du sens. L'acte artistique est un acte amoureux. C'est pour ça que je fais ce métier, pour ces gens pétris d'attentions profondément humaines, de vrais gestes et de beaux regards qui se posent avec justesse dans les coeurs, sans trop en faire. Je trouve tout ça ici. A Brioux, c'est la qualité des gens qui est observée et non leur valeur. La qualité a quelque chose de terrien, la valeur sent l'économie. La qualité est instable, fragile, saisonnière mais rebondissante. La valeur, elle s'effondre quand on déplaît (à qui ?). A Brioux, si tu n'es pas « programmé », mot terrible finalement, tu viens, tu passes, tu es le bienvenu, tu es reconnu. Tu restes, tu repars, tu ne seras pas oublié. Tu sais de toute façon qu'un port d'attache existe pour les artistes voyageurs.

Jean-Jacques Faure (metteur en scène - acteur)


Chez monsieur Christophe, on donne plutôt dans la culture bio : des pièces de théâtre faites à la main, par des acteurs de derrière les fagots ; de la musique pur jus, avec des musiciens de haute futaie ; de la petite chansonnette élevée en plein air ; des numéros de cirque issus du commerce équitable ; des vrais raconteurs d'histoires, de ceux qui ont de l'étoffe et te racontent des histoires première pression à froid, des vraies histoires à s'en lécher les babines, les cinq doigts et le pouce !

Gérard Morel